ÉCOLE RÉUNIONNAISE DE PROPHYLAXIE COMMUNAUTAIRE
Reunion school of community prophylaxy
« Prévenir plutôt que guérir »
L’épidémie de chikungunya qui a démarré en Mars 2005 à l’ïle de La Réunion, a montré les faiblesses sanitaires d’une région apparentée à une société occidentalisée. Il ne serait pas juste de parler de régression. Nous devons reconnaître que nos efforts en matière de prophylaxie contre les moustiques du milieu du siècle dernier avait porté leurs fruits. Il est plus juste de dire, que nous avons « baissé la garde », par simple prétention d’un pays développé d’être arrivés au bout de nos efforts.
L’État, les collectivités locales, les scientifiques, les habitants de cette île et de l’hexagone ont tous leur part de responsabilité dans cette tragique épidémie. Et chacun en a payé un lourd tribut.
Nous avons tous été pris de court. Pas de protocole, pas de produits suffisamment disponibles, pas d’équipements, pas de personnels compétents et disponibles, plus de gestes simples… Le savoir de nos parents n’a pas été transmis et les jeunes aujourd’hui ne connaissent pas ce mot « prophylaxie ». Nous sommes même en pénurie de scientifiques entomologistes.
À cela se rajoutent des stigmates fréquemment décrits lors d’épidémies dans d’autres parties du globe
- Le manque de réactivité des pouvoirs publics qui, en équilibre entre les cris de douleur de leur population et leur responsabilité à ne pas générer un mouvement de panique, doivent définir Le bon moment pour faire La déclaration de reconnaissance d’épidémie.
- Le phénomène de minimisation des risques et des conséquences de l’épidémie provenant du décalage entre les discours scientifiques et les ressentis locaux.
- La difficulté à ce que chacun se comprenne, entre les échelles, sociale (discours politique, scientifique et populaire) et géographique (discours international, national et local).
Les spécificités réunionnaises viennent également peser lourd du côté des mauvais points de la balance. L’Histoire, la pluriculturalité, la jeune et rapide modernisation du système économique, les aménagements contre-nature, la promiscuité, l’urbanisme, les moyens de communication… Les comportements traditionnels des réunionnais ont viré sans transition en comportements de consommateurs modernes prêts à en découdre avec le « va-vite » et le « jetable ». L’île se distingue aussi par ses records de difficultés sociales, et le mot « assistanat » et « argent facile » fait une rude concurrence à notre réputation de bons travailleurs.
Alors, si l’on ne peut pas, au XXIème acheter et consommer la solution à un grave problème telle qu’une épidémie de chikungunya, et qu’en plus l’État providence Français n’a pas non plus le remède, l’incompréhension terrasse et laisse vite place aux accusations, polémiques, tergiversations et extrapolations hâtives.
Un an après le début de l’épidémie, l’effet de surprise laisse place à la prise de conscience d’une nécessaire organisation pérenne. Il est l’heure de tirer les premières leçons de cette fâcheuse expérience et de s’organiser afin de minimiser une probable installation durable. Mais l’heure est aussi au développement du savoir sur ce type de phénomène. Nous savons aujourd’hui qu’il n’y a pas que le chikungunya, le paludisme et la dengue. D’autres maladies sont présentes et d’autres arboviroses nous menacent.
Le projet d’École de Prophylaxie Communautaire propose un renforcement de la prise en charge communautaire de la prévention à la santé sous la coordination de l’État.
« À chacun sa place, à chacun son rôle »
Une épidémie est un phénomène public, elle concerne une collectivité dans son ensemble. Et même si « … l’État doit aussi assumer sa responsabilité centrale en matière de santé publique, sur le court terme comme le long terme... », cette responsabilité se partage de fait avec les acteurs concernés.
Les premiers enseignements qu’il est possible de tirer de la crise du chikungunya se situent dans le respect de la place et du rôle de chacun. Nous avons prodigieusement manqué de coordination et certains se sont engouffrés dans les manques et faiblesses des autres.
Lorsqu’il est question de vie et de mort, si chacun y va de son propre « son de cloche », et de ses « querelles de chapelles », la panique peut s’emparer de la population. Car tels des enfants dont l’avis des parents diverge, si l’avis des garants du savoir et de la sécurité n’est pas franchement explicite, les habitants ne savent plus à quelle sagesse s’en remettre et le sentiment d’insécurité les pousse à s’inventer « apprentis sorciers ». La population peut s’organiser par rapport à ses peurs et ses croyances.
Le projet d’École de Prophylaxie Communautaire ne propose pas de remplacer la responsabilité de l’État. Il s’agit au contraire de la renforcer et d’affirmer son autorité par une coordination maîtrisée :
Que l’État décide, coordonne, oriente, contrôle, sanctionne.
Que les chercheurs cherchent et trouvent.
Que le personnel médical diagnostique, alerte et soigne.
Que chaque collectivité locale assume ses prérogatives.
Que les médias informent, racontent, documentent…
…
Et que les habitants deviennent acteurs et moins victimes.
Le projet d’École de Prophylaxie Communautaire propose de s’occuper principalement du dernier point et d’organiser le lien avec les autres acteurs.
Il s’agit de se donner les moyens de compléter une démarche scientifique de prophylaxie par la valorisation, le partage et l’encouragement des initiatives communautaires régionales dans une logique de développement durable.
« Des Habitants Sentinelles »
Parler de prise en charge communautaire dépasse le discours de citoyenneté. Car nous ne sommes pas uniquement dans la réalisation de droits et devoirs civils et politiques, mais bien dans un comportement de sauvegarde de soi-même dans son environnement.
Dans le cas de certaines maladies, notamment dans les risques d’épidémies, un être humain ne peut préserver sa santé tout seul car celle-ci dépend aussi du comportement de son voisin. C’est pourquoi une organisation en communauté est indispensable pour la prise en charge de la prévention à la santé.
Nous avons un choix de posture à adopter :
« c’est le moustique qui transmet le virus à l’homme »
on subit un événement dans un positionnement de victime.
« c’est l’homme qui transmet le virus au moustique »
on est responsable.
Les deux affirmations sont justes, mais la prise de conscience étant différente, la réactivité et l’action de la population sont différentes. Sachant que le délai de prise de conscience collective est plus lent que celui d’un individu, l’organisation de la prévention communautaire à la santé devrait s’organiser d’une manière urgente et méthodique.
L’École de Prophylaxie Communautaire aurait dans ce cadre comme premier rôle d’appeler au volontariat des « habitants sentinelles », habitants relais (du même type que les stations météo). Un contrôle par la communauté des habitants sentinelles qui, répartis dans les divers quartiers de l’île et en dehors de tout circuit administratif, politique et médical, auraient pour principale mission de :
- Repérer et signaler tout événement dans son quartier, susceptible de comporter un risque pour la santé publique ;
- Contribuer à la récolte de matériaux servant aux chercheurs, notamment dans le cadre du projet de Génopôle (plantes d'agrément de terrasses et jardins, pièges d’Aedes, expérimentation de BTI anti-moustiques…)
- Signaler les gîtes larvaires naturels ou artificiels importants…
Une école « centre de formation agréé »
L’éducation, la formation au centre des enjeux sanitaires. Ces volontaires, de même que les secouristes passent l’AFPS (Attestation de Formation aux Premiers Secours) devraient recevoir une formation préalable directement dispensée par l’École de Prophylaxie Communautaire. Celle-ci se doterait d’une équipe pédagogique de haute qualité. Scientifiques de la DRASS, de l’Université et de tout autre organisme de recherche reconnu, experts, associations d’environnement. Cette formation serait sanctionnée par un brevet (attestation, diplôme …) d’Habitants Sentinelles autorisant ces personnes à agir sous couvert des autorités sanitaires en termes d’information et de communication.
Mettre en commun le savoir, entre les scientifiques et la communauté des Habitants Sentinelles permettrait de partager, de décloisonner et surtout de fabriquer une culture commune. Une fois ce savoir transmis aux habitants Sentinelles, il sera toujours nécessaire d’envisager des mises à jour.
La rencontre entre les scientifiques et Habitants Sentinelles comporterait également l’avantage de fabriquer un discours intermédiaire. Chaque science ou métier possède son jargon. Le non-initié, au-delà de son niveau intellectuel et de sa culture ne comprend pas. Nous avons tous appris des mots nouveaux depuis le début de l’épidémie de chikungunya, ainsi que des sens nouveaux de mots (ex. gîtes). C’est dans le domaine de vulgarisation de pensée scientifique que nous avons un effort à fournir.
L’École de Prophylaxie Communautaire serait le lieu idéal pour la fabrication d’un lexique traduisant rapidement le langage scientifique et accessible à tous, puisque les scientifiques et les Habitants Sentinelles pourront prendre le temps de s’écouter et de se comprendre.
Il sera alors indispensable d’organiser des rencontres et débats entre les Habitants Sentinelles et les scientifiques. C’est ainsi qu’un modèle de savoir durable fondé sur la mise en commun des savoirs naîtra dans les quartiers, permettant de se doter d’un groupe de référents au cœur de la population.
Peut-on imaginer que ce concept innovant d’Habitants Sentinelles par le rapprochement des chercheurs et acteurs de terrain suscite des vocations ? et devienne une pépinière d’entomologistes.
« Du bénévolat à la professionnalisation »
S’inscrivant dans un espace de coopération régionale, ce concept d’École de Prophylaxie Communautaire permettrait de prendre conscience du nécessaire partage d’expériences entre les mondes scientifique, économique, urbain et social.
Parmi ces Habitants Sentinelles, certains ne souhaiteront pas rester au stade du bénévolat. Pour ce faire, ils pourraient bénéficier dans le cadre de leur contrat de travail, d’une formation complémentaire de la part de l’École de Prophylaxie Communautaire.
Des professionnels de l’animation, intervenants scolaires, travailleurs sociaux, associations de protection de la nature ainsi que les personnes en contrat aidé… pourraient à partir de ce « brevet » organiser dans le cadre de leur mission ordinaire des interventions, débats, réunions de quartier sur la prévention à la santé.
Dans leur quartier, mais aussi dans les entreprises, les collectivités locales, ils pourraient ainsi toucher un grand public sans cesse régénéré, dans leur environnement proche. Ils seraient des informateurs permanents dans leur quartier et à partir de leur quartier.
Mener des actions concrètes avec les habitants dans le cadre des politiques locales de prévention. Prévention à domicile et toucher ainsi la famille sans l’obstacle du « baro ».
Dans le cas de la lutte anti-vectorielle qui demeure notre préoccupation urgente, les animateurs des quartiers seraient par la suite les meilleurs ambassadeurs d’un message découlant d’un apprentissage cohérant. Ce qui progressivement permettrait d’assurer d’une part une progression durable de la démoustication mécanique et, d’autre part, de faire passer les messages de protection individuelle.
Une mise en commun et une transmission familiale de valeurs et de savoirs pour comprendre, agir et prévenir.
L’éducation, la transmission de savoirs, l’information et la communication autour des problématiques de la santé, mais en tenant compte de son environnement. Cette appropriation des enjeux sanitaires, inscrits dans l’environnement proche de chacun et dans une triangulaire
« habitant / scientifiques / institutions »
participe aux enjeux du développement durable et peut offrir une vision plus large en termes de salubrité publique. Il s’agit de la prise en compte de réalités locales dans une inscription de développement global.
Cette École de Prophylaxie Communautaire par son action de développement des savoirs et de rapprochement des différents concernés respecte les différents échelles de gouvernances et s’annonce comme un important levier de développement selon les 21 principes du XXIème siècle.
Madée Payet
Développeur social
Février 2006
0692 07 79 46
Quelques références d’inscription dans une politique de Développement Durable
1991
Caracas – Venezuela. Une quinzaine de responsables politiques et administratifs en charge de la réhabilitation des quartiers populaires de différents continents se réunissent et tombent d’accord sur quelques principes d’actions tirés du partage de leur expérience. Ils les mettent en œuvre et se retrouvent en 93.
1992
Les 21 principes pour le XXIe rédigés par une cinquantaine d'organisations du monde en partenariat avec le Conseil de la Terre et la Croix verte internationale, elle rassemble les droits et les devoirs de l'homme du XXIe siècle. Une vision éthique globale pour guider nos attitudes et nos décisions de citoyen de la planète. La version définitive est présentée à l'Assemblée générale des Nations-Unies en 2002.
1993
Déclaration de Salvador de Bahia. Conférence (du 29/11 au 3/12 1993) réunissant élus nationaux et locaux, responsables administratifs, représentants des habitants, experts,… venus de dix sept pays, de quatre continents. « En 1993, des enfants, des femmes et des hommes vivent dans des conditions précaires ou indignes du niveau de développement des pays où ils résident. C’est un devoir pour les Etats d’y remédier…. C’est un droit pour les habitants d’être associés à l’élaboration, à la réalisation, au suivi et à l’évaluation de cette réhabilitation ». Six principes sont adoptés.
Par la suite, en France, des groupes de paroles sont mis en place, les gens s’exercent à parler, une dynamique d’aide à la construction d’une parole des habitants s’ébauche et se met en réseau. « La construction de la parole passe par celle de la construction de la mémoire. »
1996 juin
Sommet de la Ville : thème de la Conférence mondiale des Nations Unies Habitat-II, à Istambul s’est tenu un événement : le Forum des habitants organisé par la FPH (Fondation Charles Mayer pour le Progrès de l’Homme) a lancé un appel en faveur de la création d’un réseau international d’habitants doté de trois axes.
1996 novembre
Réseau de Caracas des Habitants et leurs alliés. Première réunion suivie d’un cycle de rencontres mensuelles. Création du Réseau solidaire de communautés autonomes. Un espace où les habitants sont acteurs.
1998
La rencontre de Dakar. Prolongement de la longue histoire de Caracas. A Dakar, en février 98, après trois jours de débats (arbres à palabres) et de visites d’expériences, 12 pays africains organisent la réunion constitutive du réseau des habitants africains qui est suivie de la rencontre internationale sur le partenariat « élus-habitants-professionnels » dans le cadre de la décentralisation et du partenariat en Afrique.
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Quelques exemples de documents pédagogiques
Le Rectorat en collaboration avec DRASS Réunion. Diaporama et fiches pédagogiques disponible sur Internet.
1) Biologie du moustique
2) Virus du Chikungunya
3) Quizz
PROBST J-M., Association Nature & Patrimoine. Diaporama, outil de formation actuellement utilisé pour les écoles et adultes non-initiés.
1er module : l’origine du chikungunya
2ème module : connaissance du moustique vecteur
3ème module : la lutte anti-vectorielle
4ème : la protection individuelle et communautaire.
PROBST J-M., Association Nature & Patrimoine. QUIZZ de type « tout le monde joue ».
Thème 1 : le virus du chikungunya
Thème 2 : le vecteur du chikungunya
Thème 3 : la lutte anti-vectorielle
Thème 4 : la protection individuelle
Thème 5 : la protection communautaire.