Partager l'article ! 11 Plantes de la pharmacopée réunionnaise: Roger LAVERGNE TABLEAU DE 11 PLANTES DE LA PHARMACOPÉE RÉUNIONNAISE ...
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TABLEAU DE 11 PLANTES DE LA PHARMACOPÉE RÉUNIONNAISE
Sont dites endémiques (D) les plantes originaires des seules îles Mascareignes. Lorsque leur répartition géographique originelle est plus vaste, on dit qu’elles sont indigènes (I). Quant à celles qui ont été introduites volontairement ou involontairement par l’Homme, on les qualifie d’exotiques (E).
J’ai eu aussi recours à mon livre Étude ethnobotanique des plantes utilisées dans la pharmacopée traditionnelle à la Réunion, ouvrage publié en 1989 par l’ACCT (Agence de coopération Culturelle et Technique), avec pour coauteur Robert VÉRA, chimiste universitaire.
Éléments descriptifs de chaque espèce sans doute utiles bien qu’ « un bon dessin vaille mieux souvent qu’un long discours » !
1.BOIS DE PÊCHE MARRON [Psiloxylon mauritianum Bouton ex Hook.f.] . Adulte, il devient un arbre à l’écorce rousse. Cette espèce fut difficile à classer dans une famille botanique homogène. On l’a rattachée aux Myrtacées bien qu’elle n’ait pas comme la plupart des représentants de cette famille des feuilles opposées et des fleurs hermaphrodites (ou bisexuées). En effet, ses feuilles sont alternes et reconnaissables à leur petit pétiole rougeâtre. De plus, elle comporte des pieds mâles et des pieds femelles, elle est donc dioique. Lorsque les pieds femelles fructifient, ils portent des baies blanches qui ne sont pas sans rappeler celles du Change écorce (Aphloia theiformis).
2. QUINQUINA DU PAYS [Mussaenda landia Poiret]. C’est un petit arbre, bien droit, de 6 à 7 m de haut. Ce qui permet habituellement de reconnaître la famille des Rubiacées, à laquelle il appartient, ce sont les stipules situées entre le pétiole des feuilles opposées. Les stipules sont ici petits et rapidement caduques alors qu’ils sont bien développés et attractifs chez le vrai Quinquina (Cinchona officinalis). Le regard est surtout attiré par les grandes fleurs blanches du Quinquina du Pays. Fécondées, ces dernières se transforment en fruits secs, oblongs.
3. AMBAVILLE VERTE [Hubertia ambavilla (Bory) Pers.]. Arbrisseau-arbuste pouvant atteindre 3 à 4 m de haut. Ses petites feuilles dentées m’ont parfois fait penser à la Germandrée petit chêne (Teucrium chamaedrys) de Métropole). Les capitules de cette Astéracée s’épanouissent en corymbes à l’extrémité des rameaux. Chaque capitule comporte souvent 5 ligules jaune pâle disposées en étoile ce qui donne l’impression de regarder une fleur simple, alors qu’il s’agit d’une mini-inflorescence. Cette Ambaville n’existe pas en sous-bois. Elle colonise les espaces situés en plein soleil comme les bords de pistes montagnardes ou les espaces clairiérés.
4. BOIS DE REINETTE [Dodonea viscosa (L.) Jacq.]. Arbrisseau-arbuste dioique, donc certains pieds portent des fleurs mâles, d’autres des fleurs femelles verdâtres ; seuls ces derniers « pieds de bois » pourront avoir plus tard des fruits secs, ailés. Il existe au moins deux variétés de Dodonée visqueuse – expression de Bory de Saint-Vincent -, l’une à feuilles pouvant un peu évoquer celles du Saule pleureur (Salix babylonica) présent à la Réunion, l’autre ayant des feuilles plus étroites, presque linéaires. Pour certains, le mot Reinette serait à mettre en relation avec la Pomme reinette, pour moi qui ait mis ces variétés en herbier, les feuilles mises à sécher aplaties sont si collantes qu’elles me rappellent des petits Batraciens arboricoles aux pattes adhésives.
5. BOIS DE REMPART [Agarista salicifolia (Comm. ex Lam.) G. Don ]. Plante pionnière des nouvelles coulées de laves, cette Éricacée deviendra un arbre de 10 à 15m de haut, dont l’écorce grise et fissurée pourrait évoquer celle du Camphrier (Cinnamomum camphora). Conscient de l’extrême toxicité de ce végétal, les tisaneurs n’y ramasseront aucun épiphyte ou plante pouvant s’y être installée comme en un jardin suspendu, sans avoir pour cela de liens parasitaires avec le support. Les feuilles du Bois de rempart sont bleu-vert, assez coriaces. Les fleurs à corolles en forme de grelots rouges sont caduques. L’une d’elle ramassée par une fillette et mis à la bouche déclencha des « pauses respiratoires », donc des difficultés à respirer. Il y a danger à fréquenter cette superbe créature. Des fruits secs s’échappent de fines graines allongées facilement dispersées par les vents et les eaux de pluie.
6. CHANGE ÉCORCE [Aphloia theiformis (Vahl) Bennett]. Souvent un arbrisseau-arbuste, cette Flacourtiacée peut devenir un arbre d’au moins une dizaine de mètres de haut. Les jeunes écorces sont rousses et les fleurs blanchâtres à nombreuses étamines, ce qui fait que ce végétal des forêts primaires a pu être rapproché de l'invasif Goyavier (Psidium cattleianum) et appelé de ce fait Go(u)Yave marron.. Sur les pieds d’un certain âge, on voit très nettement des lambeaux d’écorce soulevés prêts à se détacher d’où le nom populaire imagé de Change écorce usité pour désigner cette espèce ligneuse à feuilles ressemblant véritablement à celles des vrais Théiers (Camellia sinensis). Les fruits sont blancs et charnus, consommés - comme ceux du Bois de pêche marron – par quelques oiseaux forestiers qui assurent la dissémination des graines (ornithochorie).
7. COCHLÉARIA DU PAYS [Centella asiatica (L.) Urb.]. Herbe stolonifère comme un Fraisier sauvage, donc rampante. Elle n’est guère plus grande que des touffes de Violettes cultivées, dont les feuilles ont un peu le même aspect, ce qui fait que cette Apiacée est parfois encore appelée Violette marronne. Inutile d’évoquer ses fleurs et ses fruits, à peine visibles, seulement significatifs avec le grossissement d’une loupe binoculaire.
8. FAHAM [Jumellea fragrans (Thou.) Schltr.). Orchidée épiphyte, donc perchée sur les arbres, que je sais distinguer à l’œil nu à son port particulier. La base des tiges dénudées est souvent courbée. Les feuilles ont nettement un sommet échancré et dissymétrique. C’est réjouissant de voir ses fleurs axillaires, d’un blanc de lait comme celles de plusieurs autres Orchidées épanouies surtout en période cyclonique.
9. LIANE JAUNE [Danais fragrans (Lam.) Pers.]. Les jeunes pousses de cette liane « boisée » ou ligneuse ont tout d’abord un épiderme noirâtre ce qui fait qu’on y reconnaît du Lingue noir. Par la suite, l’écorce est blanc grisâtre. Les corymbes de fleurs ont des corolles étoilées jaune orangé. Les petits fruits secs qui en dérivent sont globuleux.
10. PETIT TAMARIN DES HAUTS [Sophora denudata Bory]. C’est la dernière plante d’altitude digne d’être appelée arbre. Sur des sols profonds et frais souvent formés sur des accumulations de lappili, les troncs peuvent être conséquents. Le feuillage est grisâtre. Des feuilles imparipennées laissent supposer une Légumineuse. La confirmation est donnée quand s’épanouissent en saison fraîche de nombreuses fleurs papilionées, d’un jaune étincelant. Les fruits sont bien des gousses liégeuses et carénées qui laissent présager d’une très ancienne dispersion par les courants mains. Mais les cyclones ont eu un mot à dire quant à leur puissance d’arrachement et des atterrissages insulaires effectués bien au-dessus du niveau des océans.
11. AYAPANA [Ayapana triplinervis (Vahl.) R.M. King et H. Robinson]. Contrairement aux dix espèces précédentes toutes sauvages, le Iapana rouge est la seule plante à être cultivée, et à venir d’ailleurs, bien loin de notre archipel. Je tiens à la faire figurer aux côtés de notre florule insulaire primitive puisqu’elle s’avère être la toute première à être utilisée dans notre tisanerie réunionnaise actuelle. Secundo, elle sera prochainement l’objet de la soutenance d’une thèse par notre ami Claude MARODON, Président de l’APLAMÉDOM, ou association plantes médicinales et aromatiques présentes à la Réunion. D’origine amazonienne, l’Ayapana n’est propagé que par bouturage. C’est une herbe subligneuse, d’environ 50 cm de haut. Ses feuilles opposées sont triplinerves c’est à dire à trois nervures bien visibles situées au-dessus de la base du limbe. Les capitules de cette Astéracée sont de petites colonies de « tubules » ou fleurettes rose pâle.
Roger LAVERGNE, Docteur en Botanique tropicale appliquée.