Mardi 26 juin 2007
2
26
/06
/Juin
/2007
12:42
ARTICLE DU JOURNAL DE L'ILE [26 juin 2007]
http://www.clicanoo.com
Environnement
Réunion, la poubelle île du monde !
Alors que l’on ne cesse de parler de relance du tourisme et d’image de la Réunion, surtout depuis la crise du chikungunya, de nombreux sites naturels locaux demeurent gâchés par la vue et l’odeur de poubelles débordantes de déchets. Conscients du gâchis, l’office national des forêts et la direction de l’agriculture et des forêts projettent de retirer progressivement tous les réceptacles d’ici à fin 2010. Reste à faire en sorte que les visiteurs prennent l’habitude de repartir avec leurs déchets sous le bras. Un pari audacieux.
Retrouvez le Journal de l'Ile en version numérique
Une semaine offerte pour tout abonnement
La Réunion, son lagon, son volcan, ses cirques et... ses poubelles ! Bienvenue sur une île aux richesses naturelles exceptionnelles où de nombreux sites de toute beauté possèdent le même totem en bonne place, une poubelle débordante d’ordures. Pollution visuelle mais aussi olfactive qui favorise la présence de rats bien nourris dans les parages. Bref, de quoi conquérir le cœur des touristes, à n’en pas douter. Alors que depuis des mois, l’État et les collectivités locales déploient des moyens financiers et cérébraux considérables pour relancer la destination, on peut se demander ce qu’on attend pour effectuer un geste de base tel que vider les poubelles... C’est ainsi qu’après plus d’1h30 de marche à partir du piton Maïdo, une fois parvenu au site de la Glacière, s’offre la vision intéressante des anciennes galeries de stockage de glace mais aussi et surtout d’une montagne de détritus débordant de la poubelle, se répandant jusqu’au sol et odorant fortement. Même chose au Bassin la paix. À deux pas du kiosque et de l’escalier qui mène à la cascade, le spectacle d’un monceau d’ordures s’offre au visiteur. Tiens, un couple de rats sur la droite ! Oh, un nid de mouches à gauche ! Et la liste n’est pas finie de ces espaces naturels à la Réunion dont la beauté demeure flétrie, et c’est peu dire, par l’invasion de ces immondices et des bestioles qui vont avec. Pour la petite histoire, toutes les aires d’accueil gérées par l’ONF disposent depuis une trentaine d’années de poubelles, un millier au total. Ces réceptacles sont vidés en théorie une fois par semaine par les services de l’ONF. Dans la pratique, le ramassage n’est effectué qu’une fois dans la quinzaine voire dans le mois sur certains sites pourtant fréquentés malgré leur isolement. “À la Glacière, le ramassage des ordures n’est pas fait aussi souvent que la moyenne, concède Jean-Luc Fontanel, responsable travaux et tourisme pour l’ONF. Du coup, ce genre de sites est plus sale que lorsqu’il n’y avait pas encore de poubelles ! ”, admet-il.
UN “COUP DE POKER”
Cette situation ubuesque, ajoutée au fait que les poubelles en place ne permettent pas le tri sélectif, a incité la Daf (Direction de l’agriculture et des forêts) et l’ONF à prendre la décision de les enlever toutes d’ici à fin 2010. “L’option de trier les déchets était trop onéreuse et celle de mettre plusieurs conteneurs à disposition des citoyens inutile, explique Jean-Luc Fontanel. Ils n’auraient pas trié. Du coup, nous avons décidé de faire disparaître les poubelles et de miser sur la citoyenneté. J’espère que les visiteurs joueront le jeu. On compte sur eux. C’est un coup de poker”, lance Jean-Luc Fontanel. La suppression des poubelles devrait s’effectuer à partir de mi-2008. Un test sera d’abord réalisé sur des sites symboliques de l’île - hauts sous le vent, volcan, petite plaine - pour évaluer la réaction des visiteurs. Puis le retrait sera généralisé sur deux ou trois ans. “Cette tâche devrait représenter au total entre 200 et 400 journées pleines de travail pour nos agents”, précise Jean-Luc Fontanel. Le projet doit être validé le mois prochain par les élus du conseil général dans le cadre de la “programmation détaillée d’investissement des équipements sur le domaine géré” par le Département. Avant de passer à l’acte, les services prévoient de mener une campagne de communication à partir de janvier 2008. Des spots TV seront diffusés pendant trois ou quatre mois sur les chaînes locales pour un coût d’environ 50 000 euros. “Seule une frange marginale de personnes se montre vraiment réfractaires aux messages d’incitation, souligne Jean-Luc Fontanel. La plupart obtempèrent. Mais il suffit de quelques visiteurs se comportant mal pour qu’un site ait vite l’air dégoûtant !” Encore plus rares que les réfractaires, on trouve aussi ceux qu’on appellera les “tordus”. Jean-Luc Fontanel en a surpris, un jour, en train de balancer leurs déchets juste à côté d’une poubelle. Voici ce qu’ils ont répondu à sa surprise : “On fait ça pour créer de l’emploi !” Alors à bon entendeur, l’ONF n’embauche pas davantage de personnels parce qu’on jette ses détritus par terre. En revanche, l’argent qu’il ne met pas dans le ramassage des ordures dispersées, il l’investit dans de meilleurs équipements publics. Donc viser la poubelle ou mieux, repartir avec ses déchets sous le bras, on n’a pas fait plus rentable. Garanti sur facture.
Séverine Dargent
- Opération “Mafate propre” !
Selon l’Office national des forêts, 600 à 800 tonnes de déchets sont produits chaque année par les touristes sur les sites qu’il gère à la Réunion. À cette quantité s’ajoutent 250 à 270 tonnes de déchets à Mafate, comptabilisés à part du fait qu’ils sont essentiellement le “fruit” des habitants et non des visiteurs - ces derniers n’en produisent que de 5 à 10 tonnes par an sur le total recensé. Depuis 2006, l’ONF, l’État, le TCO (Territoire des communes de l’Ouest), les communes de La Possession et de Saint-Paul ont enclenché un programme en vue de valoriser les déchets produits à Mafate - par le biais du compostage notamment - et de développer de façon significative, d’ici la fin de l’année, les comportements de tri sélectif, encore balbutiants sur le secteur. L’objectif consiste à réduire les déchets produits à Mafate à 140 tonnes par an.
